lundi 25 mars 2024

Éphèbe rose

 

Un Anglais charmant

« Je vous amènerai demain le petit Dundas, l´aide de camp. Il n´a rien à faire ; il sera enchanté » dit Aurelle au capitaine de dragons.

Le lendemain, Beltara fit du lieutenant Dundas un croquis aux trois crayons. Le jeune aide de camp posa assez bien : il exigea seulement qu´on lui permît de s´occuper, c´est -à - dire de pousser des cris de chasse à courre, de faire claquer son fouet favori et de parler avec son chien.

— Ah ! dit Aurelle à la fin de la séance, j´aime beaucoup ça…beaucoup vraiment…C´est à peine indiqué…Il n´y a rien, et toute l´Angleterre est là-dedans.

Avec les gestes rituels de l´amateur de tableaux qui caresse d´un mouvement circulaire de la paume des détails excellents, il loua la naïveté et le vide des yeux clairs, le doux éclat du teint et la candeur charmante du sourire.

Cependant, l´éphèbe rose s´était planté devant son portrait, dans la pose classique du joueur de golf, et, tout en frappant de ses bras balancés une balle imaginaire, jugeait cette œuvre d´art avec sincérité.

— My God ! fit-il….My God… Quelle épouvantable chose ! Où diable avez-vous vu, old man, que ma culotte de cheval se lace sur le côté ?  — André Maurois, Les discours du docteur O'Grady, 1944.

◊ Dundas ayant découvert que le lieutenant Vincent jouait au tennis, s'était pris pour lui d'une vive amitié.
Saisissant une palette, il expliqua des coups : " Look here , old man , si vous faites un service droit coupé , votre balle tourne de droite à gauche, n´est-ce pas ? Vincent, d´abord un peu froid cédait après tant de sollicitude pédagogique.

 Amours de l´Enfant Dundas.

 — Aurelle ! soupira l´Enfant Dundas, aide de camp joufflu du général Bramble… Aurelle ! Parlez-moi ! Je m´ennuie !
— Réellement, dit-il, c´est une chose malsaine de rester sous une tente tout un jour : Venez vous promener avec moi, Aurelle. Je sortirai le cheval du Général, et nous irons voir Germaine. 
Germaine, fille charmante, vendait dans la grand´rue d´Abbeville du chocolat, des romans jaunes, des lampes électriques et des classiques Garnier. Dundas que les femmes n´intéressaient pas, feignait pour celle-là une passion discrète : l´idée de la France était liée pour lui à celle d´aventures amoureuses, et il croyait décent d´y retrouver une amie, comme de chasser en Irlande ou de faire du toboggan à Saint-Moritz.
Mais Dundas, ce géant au teint rose, champion de boxe et cinq fois blessé, était timide, tendre et naïf. — André Maurois, Les discours du docteur O'Grady, 1944.
<> 25/09/2023

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