Phèdre, tragédie de Racine 1677. - Phèdre, épouse de Thésée, roi d´Athènes aime Hippolyte, le fils de son mari. Elle l´accuse à tort et provoque sa perte.
Phèdre, film de Pierre Jourdan 1968, d´après Racine.
Acte II, scène 2 Hippolyte, Aricie Présente, je vous fuis, absente, je vous trouve2:01
Hippolyte Madame, avant que de partir, J'ai cru de votre sort vous devoir avertir. Mon père ne vit plus. Ma juste défiance Présageait les raisons de sa trop longue absence : La mort seule bornant ses travaux éclatants Pouvait à l'univers le cacher si longtemps. Les dieux livrent enfin à la Parque homicide L'ami, le compagnon, le successeur d'Alcide. Je crois que votre haine, épargnant ses vertus, Écoute sans regret ces noms qui lui sont dus. Un espoir adoucit ma tristesse mortelle : Je puis vous affranchir d'une austère tutelle. Je révoque des lois dont j'ai plaint la rigueur. Vous pouvez disposer de vous, de votre cœur, Et dans cette Trézène, aujourd'hui mon partage, De mon aïeul Pitthée autrefois l'héritage, Qui m'a sans balancer reconnu pour son roi, Je vous laisse aussi libre et plus libre que moi. Aricie Modérez des bontés dont l'excès m'embarrasse. D'un soin si généreux honorer ma disgrâce, Seigneur, c'est me ranger, plus que vous ne pensez, Sous ces austères lois dont vous me dispensez. Hippolyte Du choix d'un successeur Athènes incertaine, Parle de vous, me nomme, et le fils de la reine. Aricie De moi, Seigneur ? Hippolyte Je sais, sans vouloir me flatter, Qu'une superbe loi semble me rejeter : La Grèce me reproche une mère étrangère. Mais si pour concurrent je n'avais que mon frère, Madame, j'ai sur lui de véritables droits Que je saurais sauver du caprice des lois. Un frein plus légitime arrête mon audace : Je vous cède, ou plutôt je vous rends une place, Un sceptre que jadis vos aïeux ont reçu De ce fameux mortel que la terre a conçu. L'adoption le mit entre les mains d'Égée. Athènes, par mon père accrue et protégée, Reconnut avec joie un roi si généreux, Et laissa dans l'oubli vos frères malheureux. Athènes dans ses murs maintenant vous rappelle. Assez elle a gémi d'une longue querelle, Assez dans ses sillons votre sang englouti A fait fumer le champ dont il était sorti. Trézène m'obéit. Les campagnes de Crète Offrent au fils de Phèdre une riche retraite. L'Attique est votre bien. Je pars, et vais pour vous Réunir tous les vœux partagés entre nous. Aricie De tout ce que j'entends étonnée et confuse, Je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse. Veillé-je ? Puis-je croire un semblable dessein ? Quel dieu, Seigneur, quel dieu l'a mis dans votre sein ? Qu'à bon droit votre gloire en tous lieux est semée ! Et que la vérité passe la renommée ! Vous-même, en ma faveur, vous voulez vous trahir ! N'était-ce pas assez de ne me point haïr ? Et d'avoir si longtemps pu défendre votre âme De cette inimitié... Hippolyte Moi, vous haïr, Madame ? Avec quelques couleurs qu'on ait peint ma fierté, Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ai porté ? Quelles sauvages mœurs, quelle haine endurcie Pourrait, en vous voyant, n'être point adoucie ? Ai-je pu résister au charme décevant... Aricie Quoi, Seigneur ? Hippolyte Je me suis engagé trop avant. Je vois que la raison cède à la violence. Puisque j'ai commencé de rompre le silence, Madame, il faut poursuivre, il faut vous informer D'un secret que mon cœur ne peut plus renfermer. Vous voyez devant vous un prince déplorable, D'un téméraire orgueil exemple mémorable. Moi qui contre l'amour fièrement révolté, Aux fers de ses captifs ai longtemps insulté, Qui des faibles mortels déplorant les naufrages, Pensais toujours du bord contempler les orages, Asservi maintenant sous la commune loi, Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ? Un moment a vaincu mon audace imprudente ; Cette âme si superbe est enfin dépendante. Depuis près de six mois, honteux, désespéré, Portant partout le trait dont je suis déchiré, Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve : Présente, je vous fuis, absente, je vous trouve ; Dans le fond des forêts votre image me suit ; La lumière du jour, les ombres de la nuit, Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite ; Tout vous livre à l'envi le rebelle Hippolyte. Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus, Maintenant je me cherche et ne me trouve plus. Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune ; Je ne me souviens plus des leçons de Neptune ; Mes seuls gémissements font retentir les bois, Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix. Peut-être le récit d'un amour si sauvage Vous fait en m'écoutant rougir de votre ouvrage. D'un cœur qui s'offre à vous quel farouche entretien ! Quel étranger captif pour un si beau lien ! Mais l'offrande à vos yeux en doit être plus chère. Songez que je vous parle une langue étrangère, Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés Qu'Hippolyte sans vous n'aurait jamais formés.
Scène 1 – Hippolyte annonce à son
gouverneur, Théramène, qu’il s’apprête à quitter Trézène et à partir à la recherche de son père, le roi Thésée. Il lui confie également son
amour interdit pour Aricie, issue d´un clan ennemi.
Scène 2 – Tandis que Phèdre apparaît,
Hippolyte s’enfuit.
Scène 3 – Phèdre avoue à Œnone, sa
nourrice, son amour incestueux pour
Hippolyte, fils que son mari, Thésée, a eu avec Antiope,
reine des Amazones.
Scène 4 – La mort de Thésée est
annoncée : elle ouvre la succession à trois prétendants :
Hippolyte, Phèdre et Aricie, princesse d´Athènes.
Scène 5 – La prétendue mort de Thésée incite Œnone à rassurer Phèdre ; la confidente pousse la reine à s´allier à Hippolyte pour garder le pouvoir et garantir l´avenir de ses propres fils.
ACTE II.
Scène 1 – Aricie avoue à sa
confidente, Ismène, qu’elle aime Hippolyte ; Ismène assure que cet amour est partagé.
Scène 2 – Hippolyte déclare à Aricie
qu’il est prêt à lui laisser le trône, puis il lui avoue son amour.
Scène 3 – Théramène annonce la venue
de Phèdre qui souhaite parler à son beau-fils.
Scène 4 – Hippolyte, prêt à partir,
ordonne à Théramène de revenir sans tarder afin de lui donner l’occasion
d’écourter son entretien avec Phèdre.
Scène 5 – Phèdre en proie à une
« folle ardeur » déclare son amour à Hippolyte, auquel elle arrache
son épée pour se tuer, avant qu’Œnone n’arrête son geste et l’entraîne.
Scène 6 – Théramène revient, annonce
que les navires n’attendent qu’un ordre pour mettre à la voile, qu’à
Hippolyte les Athéniens préfèrent Phèdre et pensent que Thésée n’est peut-être
pas mort.