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vendredi 16 janvier 2026

On signale des hommes nus


Ludovic Naudeau, 1933.

Tout le monde a pu lire cette dépêche annonçant l´arrestation de deux "étudiants" parisiens qui à proximité de l´un de nos ports de l´Atlantique, avaient été signalés aux gendarmes tandis qu´ils gambadaient sur la grève dans un complet état de nudité.

 Point n´eût été besoin d´étudiants pour accomplir une telle action d´éclat. De vulgaires goujats l´eussent tout aussi aisément commise car il est plus beaucoup plus facile  de retirer son caleçon que de raisonner sur les mathématiques intégrales ou de disserter sur la notion de l´infini.

Et d´ailleurs, qu´est-ce qu´un "étudiant" ? Ne sommes-nous pas tous, jusqu´à notre mort, des étudiants ?

Il est bien vrai que la morale est une convention. Mais une convention sur laquelle notre société repose depuis tant de siècles, doit bien avoir en elle quelque chose de nécessaire et de respectable.  En outre une loi est une loi. Tant qu´elle n´elle pas été révoquée, elle doit être appliquée. Il n´appartenait nullement à deux individualités vagues de s´insurger contre des mœurs de décence auxquelles l´immense majorité de notre population reste fermement attachée. Bien d´autres réformes plus nécessaires seraient à réaliser avant qu´on discute de la secondaire question du costume de bain. Nous n´hésitons donc pas à dire que si les magistrats appliquent aux deux délinquants le maximum de la peine, ils seront approuvés par l´opinion publique.

 Chose extraordinaire, nous semblons, nous autres Français, tomber dans l´extravagance du nudisme au moment précis où les Allemands eux, dégoûtés de tant d´exhibitions et se pliant à la ferme discipline hitlérienne, y renoncent. Ne vous y trompez pas, tout n´est pas que frénésie et vocifération dans la doctrine des nazis. Hitler rêvant avant tout de reconstituer les forces de l´Allemagne, combat très logiquement ce qui pouvait la corrompre, la dissocier et par conséquent l´affaiblir.

Depuis 1919, un extraordinaire dérèglement minait ce grand pays, l´obscénité la plus crue s´étalait aux éventaires des marchands de journaux et sous prétexte de nudisme d´étranges maniaques des deux sexes salissaient de leurs contours impudiques les clairières de certaines forêts. Mais Hitler a changé tout cela, les exhibitionnistes sont fustigés, fessés et incarcérés, les établissements louches  sont fermés, la morale traditionnelle est remise en honneur et, d´autre part, les mariages sont encouragés. J´ai sous les yeux la photographie montrant, à travers les rues de Berlin, l´intéressante procession de 130 jeunes couples hitlériens se rendant à l´église où ils vont être incontinent mariés.

Aujourd´hui, en Allemagne, sous une ferme impulsion étatique mêlée à une espèce d´enthousiasme patriotique, tout ce qui peut contribuer à augmenter le dynamisme national est exalté. Le Féminisme allemand, sans d´ailleurs opposer de résistance, se sent ramené à ses destinées normales qui ont été pendant des siècles de donner à la nation des rejetons vigoureux.

En un mot, Hitler, à cet égard comme tant d´autres, imite les procédés de Mussolini. Et nous savons que ce dernier, dès son avènement, se fit le défenseur de la morale traditionnelle, le protecteur des familles nombreuses, le stimulateur d´une natalité qui pourtant déjà en Italie se trouvait être exubérante.

Est-ce par une espèce de dévotion envers la morale elle-même que les deux dictateurs agissent de la sorte ? Nous pensons plutôt que dans la morale ils recherchent essentiellement ces résultats pratiques dont elle est la génératrice. Mussolini et Hitler ont parfaitement compris que la morale traditionnelle est la plus sûre créatrice de la vitalité nationale. D´instinct ils en viennent à mettre en pratique cette pensée de Renan, suivant laquelle la puissance d´un État repose avant tout sur la vertu, sur la chasteté de ses femmes. [1] En effet, quelle postérité voudriez-vous attendre de ces dames évaporées qui, sans y être obligées par rien, s´efforcent d´exposer aux regards des oisifs sur les plages tout ce que ne recouvre pas une sorte de brimborion vestimentaire dont il semble d´ailleurs qu´elles voudraient bien vouloir se débarrasser ?

Le temps n´est pas si ancien où l´on déplorait le sort des infortunées qui dans certains abîmes de la misère et de la dégradation, pour gagner leur vie devaient ainsi vivre sous peu de voiles. Si ce qui apparaissait autrefois comme un stigmate de la honte est aujourd´hui tenu à mérite, et si certaines de nos bourgeoises elles-mêmes trouvent plaisant de se montrer plus indécentes que ne l´eussent été, il y a cinquante ans, des demi-mondaines douées d´une extrême audace, n´est-il point clair que par ces citoyennes-là, le plus souvent nulle postérité valable ne sera produite ?

Et maintenant empressons-nous de le dire, si toute l´Europe, était à cet égard, logée à la même enseigne, nous nous résignerions facilement à cette transformation générale des mœurs humaines. Après tout, songerions-nous, s´il plaît à la race blanche d´en venir à ces innovations imprévues, libre à elle ! Mais vous venez de le voir, tel n´est pas du tout le cas et aujourd’hui à nos frontières, 110 millions d´Allemands et d´Italiens, conduits par une ferme discipline étatique pratiquent bel et bien la morale traditionnelle qui jusqu´à présent a rendu les nations fortes.

" Et puis après ? direz-vous. Sommes-nous donc obligés de nous conformer à ce que font les Allemands et les Italiens ? Ne sommes-nous pas libres à l´intérieur de nos frontières ? "

Nous sommes libres oui, et nous ne le sommes pas. Une frontière ne vaut qu´à condition de pouvoir être défendue. Le souci de notre existence nationale nous empêche de passer sous silence cette grande vérité, que nos deux puissants voisins ont rénové des mœurs traditionnelles qui pour le moment tendent à ne plus être les nôtres.

Nos deux puissants voisins (je répète à dessein cette expression), ont remis en honneur des manières de vivre qui sont génératrices de la force, parce qu´elles déterminent chez eux la procréation et la discipline sociale. La morale ainsi comprise est une forme de l´armement. Voilà pourquoi il serait extrêmement dangereux pour nous de nous réserver le grotesque monopole des mœurs de dissolution juste au moment où nos concurrents, après s´y être abandonnés plus que nous y ont renoncé par ordre supérieur.

Ces mœurs de dissolution d´ailleurs, dans notre pays de sens positif n´ont jamais été pratiquées que par une minorité turbulente et aventurière. La grande masse de la nation, en réalité regardait avec consternation les manifestations de ces détraqués, de ces poseurs, de ces imbéciles aussi. Mais toutefois, le nombre de ceux-ci, d´année en année, augmentait. Rien n´est plus contagieux que la bêtise, rien n´est plus malsain que l´impunité.

Le jour semble proche où cette grande masse française, définitivement renseignée sur l´état de la civilisation chez nos voisins, conclura qu´elle est plus du tout ce qu´elle s´était imaginé. Elle se dira qu´un aussi violent déséquilibre, s´il se perpétuait, constituerait pour nous la pire des menaces.

Ce jour-là il faudra bien que le sentiment de la conservation nous guide. Et au besoin si les pouvoirs publics montraient trop peu de vigilance, les citoyens sentiraient la nécessité de faire leur police eux-mêmes. — (Ludovic Naudeau)

 Contre le nudisme. La nudité publique est un signe de décadence.

Un fait-divers donne à l´auteur l´occasion de condamner le libertinage. Naudeau fait l´éloge des régimes forts qui imposent le retour à la morale traditionnelle. Le relâchement des mœurs met la France en danger, face au réarmement allemand.

Commentaire. — Le contexte historique.

Idée de gauche à l´origine, la Liberté du corps qui sapait délibérément la respectabilité bourgeoise, était accusée de ruiner les mœurs et la morale. D´abord condamnée comme signe de décadence, elle ne tarda pas à être récupérée par le nationalisme anti-chrétien au nom de la beauté de la race aryenne. Dans l´Europe du sud, le poids de l´Église freinait l´essor du nudisme. En France, Marcel Kienné de Mongeot défendait la nudité intégrale dans un cadre privé, sélectif, strictement encadré. Les précautions prises ne lui épargnèrent pas le blâme des ligues de vertu. [2]

De nos jours encore, il ne manque pas d´esprits pieux pour dénoncer les débordements de plages interdites aux cafards.

­Notes 

↑1- Ernest Renan, Marc Aurèle ou la Fin du monde antique, 1882. wikisource

↑2-Arnaud Baubérot, Histoire du naturisme. Le mythe du retour à la nature, Rennes, PUR, 2004.

↑ Source: 1933.08.29 - Le petit marseillais - On signale des hommes nus, - Collection Rétronews > cœur naturiste  L’interdiction du naturisme par le nazisme en 1933.

↑ Interdiction du nudisme 

↑ Naturisme entre nazisme et communisme (en Allemagne dans les années 1930-1940) 3:28

 Ludovic Naudeau  (1872 - 1949)  ↪ La France se regarde, le problème de la natalité, 1931

Nudistes et mécontents  Nudophobie ordinaire

 



<> 18/01/2026

dimanche 30 novembre 2025

Érotisme et nudité - Éthologie humaine


Nous sommes le seul animal dont la nudité  offense ses semblables. - (Montaigne)

Récit fondateur  (538-332 av. J.-C.)

9 L'Éternel-Dieu appela l'homme, et lui dit: "Où es-tu?"
10 Il répondit: "J'ai entendu ta voix dans le jardin; j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché."

16 À la femme il dit: "J'aggraverai tes labeurs et ta grossesse; tu enfanteras avec douleur; la passion t'attirera, vers ton époux, et lui te dominera."

21 L'Éternel-Dieu fit pour l'homme et pour sa femme des tuniques de peau, et les en vêtit.

23 Et l'Éternel-Dieu le renvoya du jardin d'Éden, pour cultiver la terre d'où il avait été tiré.

24 Ayant chassé l'homme, il posta en avant du jardin d'Éden les chérubins, avec la lame de l'épée flamboyante, pour garder les abords de l'arbre de vie. La Bible, Genèse - Chapitre 3, trad. Zadoc Kahn, 1899.         

L´antithèse biblique entre l´Éden insouciant et l´Âge de Caïn, l´Homo Faber, de Néandertal, de Stivi à Cro-Magnon scelle et salue le monde que nous vivons.
Le paradis nudiste est à jamais à ranger au magasin des rêves.    
 
À Biarritz, la nudité tue l´érotisme.

                                        








◊ À Sparte. Les femmes n´étaient point regardées comme une moitié du genre humain, destinée aux douceurs de la société. À Sparte, elles n´étaient regardées que comme des êtres machines, nécessaires à la reproduction de l´espèce humaine ; et il faut convenir que, dans ce sens, Lycurgue avait parfaitement saisi ce qui pouvait frapper à son but. 

Pour enlever aux femmes l´empire des sens, il leur ôtait la faculté d´agir sur l´imagination : il ôtait, comme dit Montesquieu, la pudeur à la chasteté. Dans les assemblées, dans les fêtes publiques, les jeunes filles étaient obligées de danser, ou de lutter absolument nues. L´œil féroce du Spartiate dédaignait de s´arrêter sur celles qu´il avait vues dans l´état même des animaux, et sa fierté ne lui permettait pas de soupirer aux pieds d´un objet que la loi traitait avec tant de mépris.  Antoine Ferrand, L´Esprit de l´Histoire, T. 1, 1809. Lettre IX. De Lycurgue et de l´Histoire de Sparte. p. 194

 

◊ Feu M. le Prince, Henri de Bourbon. —En une débauche, il passa tout nu à cheval par les rues de Sens, en plein midi, avec je ne sais combien d'autres tout nus aussi. (Monmerqué T. 2) — Tallemant des Réaux, Historiettes, éd. 1834.

Ici (dans un camp de nudistes) « les plaisirs de l'imagination », que Montaigne disait être les plus grands, n'existent pas devant la rude réalité. — (Kienné de Mongeot)

◊ Les maîtres du métier ordonnent pour remède aux passions amoureuses, l'entière vue et libre du corps qu'on recherche : que pour refroidir l'amitié, il ne faille que voir librement ce qu'on aime. Ille quod obscœnas in aperto corpore partes Viderat, in cursu qui fuit, haesit amor. [Parce que celui-ci, du corps mis à nu, avait vu les parties honteuses, au milieu de sa course s'arrêta son amour.] Ovide, Les remèdes d'amour, 429-430.  - II, 12 — Montaigne, Essais, 1595, Céard, p. 756.

Krombacher














L´érotisme, c´est là où le vêtement bâille.

Séduction féminine. Montrer trop tout de suite  pour attirer les hommes : c´est une erreur. 

◊ Quoi que disent les femmes de ce grand royaume du Pegu, qui au-dessous de la ceinture n’ont à se couvrir qu’un drap fendu par le devant : Il se pourrait dire qu’elles y perdent plus qu’elles n’avancent : et qu’une faim entière est plus âpre que celle qu’on a rassasié par les yeux. — Montaigne, III, 5 – Sur des vers de Virgile.

> Dans ce pays lointain, elles sont quasiment à poil, ou empaquetées de noir comme un vieux pirate de Callas ; cela ne change rien, puisque leurs mecs sont tous pédés.

La nudité frontale heurte la respectabilité bourgeoise












Références

↑ Bible Montaigne  Ovide INDEX

<> 15/01/2026










Cinna - Corneille

Complotiste romain. Cinna , Acte IV. Scène II. Monologue d´Auguste.   Trahi par son ami Cinna, l´Empereur hésite entre la vengeance et le pa...