vendredi 19 septembre 2025

Infractions à la loi des sexes - Senancour

# gay - homosexualité - mœurs - abus - erreur - dérèglement. 


 

 

 

 

 

Senancour rejette l´amour entre hommes, mais il ne condamne pas les pratiques occasionnelles, dans des milieux fermés (collèges, prisons, marine, couvents).

Senancour, De l´amour, 1834

De l'amour, considéré dans les lois réelles, et dans les formes sociales de l'union des sexes.

DES INFRACTIONS DIRECTES À LA LOI DES SEXES.

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La nature souffre que l'imagination soit exaltée quelquefois par des fictions romanesques, et que les sens soient brusquement excités par des appétits plus aveugles encore ; mais ne devrait-il pas suivre que nous eussions à opposer à ces surprises les différentes ressources de l´esprit ?

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La droite raison serait mieux connue si nos institutions, en invitant à la suivre, ne le faisaient pas d'une manière qui souvent a pour effet d'en éloigner. Les désordres de tout genre se perpétueront jusqu'à ce que I on s'attache à rectifier les idées d'une multitude d'hommes qui, sans paraître destinés à recevoir des lumières vives, ne manquent pas de quelque discernement.

On peut regarder les jouissances que partagent des personnes d'un même sexe comme plus expressément contraires à l´ordre que l'égarement désigné sous le nom de bestialité puisqu'elles sont nécessairement stériles ; tandis que plusieurs mélanges donnent lieu, sinon à des races nouvelles, du moins à diverses sortes de monstres favorablement organisés quant à leur propre existence. Ces unions peuvent ainsi être bonnes entre quelques animaux, sans trouver jamais d'excuse chez une espèce douée de facultés trop différentes.

L'erreur à laquelle des hommes se livrent entre eux a été reprochée même à quelques peuples très simples ou très grossiers.

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Une des premières causes de ce dérèglement a peut-être été de la part des femmes l´oubli des vrais soins pudiques. Cependant, que peut-on gagner en s'éloignant d'elles ? Que se promet-on d'une suite d'émotions, visiblement dénuées de ce qui donne le plus de prix à l'amour ?

Des écarts semblables chez les femmes n'attireront pas un blâme aussi rigoureux. Elles veulent se soustraire aux dangers des unions plus naturelles. Vous qui ne leur pardonnez pas, devriez-vous oublier qu'elles ont trop à craindre ce qu'elles eussent choisi sans doute, ce qu'il faudrait qu'elles préférassent ? Sans les justifier, avouons que la position difficile où elles peuvent être placées allège bien des fautes.

Que de fois des infidélités suivies de conséquences très graves ! que de fois d'autres irrégularités presque aussi répréhensibles, auront été causées par le rigorisme, par les scrupules de gens incapables d'examiner ce qu'il fallait  penser, ou persuadés qu´ils devaient le taire !

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En n’accordant rien aux désirs, on s'expose à méconnaître bientôt des devoirs qui se trouveront ébranlés, pour ainsi dire, par l'extrême agitation des sens. Il ne faut pas confondre avec des règles toujours obligatoires, celles qui se rapportent à quelque situation passagère. Si on s'obstine à commander ce qu'on devrait conseiller seulement, quelle autorité réserve- t-on pour les lois que nous ne pouvons enfreindre sans blesser tout ordre, toute équité ?

Malheureux de tant de manières, et, au milieu de tant de difficultés, parvenant à peine à aimer une vie dont l'injustice détruirait le repos, mais dont la vertu ne dissipe pas toujours les ennuis, nous voulons encore, apparemment pour mieux déguiser notre faiblesse, qu'on entretienne sans interruption un désir qu'il faut en même temps réprimer, un besoin qu'il est défendu de contenter. La raison n’avait point prescrit ces devoirs austères ; souvent elle porte à désapprouver, dans des vues moins timides, ce que d'autres considérations, justes peut-être, mais trop limitées, faisaient d'abord regarder comme un mérite.

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N'entraînons pas à désespérer d'elles-mêmes les femmes qui, avec des intentions droites, auront manqué jusqu'à un certain point de persévérance : on altère les principes quand on en fait une application uniforme. Les vérités relatives deviennent fausses dans cette acception trop générique, qui les éloigne de la vérité morale, c’est-à-dire du point où, les principales données cessant d'être en opposition, l'homme sincère parvient à réunir un plus grand nombre de motifs pour des actions irréprochables.

À ces maximes, qui dans ceci regardent surtout les femmes, on doit ajouter une considération assez importante pour engager aussi à distinguer l'un de l'autre deux abus analogues pourtant sous un rapport essentiel. Non seulement lorsque les femmes tomberont ensemble dans ces inconvénients, elles supposeront plus justement que c'est de leur part une sorte de résignation, mais les caresses auxquelles les invite l'amitié, peuvent donner à des amusements lascifs quelque chose d'imprévu.

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Quant aux hommes, ils joindraient au défaut de convenance dans les approches entre des êtres dont l'organisation est la même, l'usage d'organes qui n'avaient pas été destinés à l'ardente liberté de l'amour.

On parvient néanmoins à s’expliquer ce qui dissuade quelques hommes de continuer à préférer les femmes. Plus impétueux, et moins constants, ils veulent du repos avant que la femme en exige ou en demande ; mais ce besoin de modération est presque également réparti durant le cours de leurs années. Au contraire les femmes, moins bornées en cela cependant, sont plus formellement assujetties ; elles ont des semaines et des saisons de retraite. Ces diverses causes de retenue offraient un grand avantage, celui de prévenir toute habitude trop suivie, tout prétendu besoin trop exigeant, et d'empêcher ainsi l'épuisement des forces par l'effet de la cohabitation.

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Mais aussitôt qu'un homme, sans savoir en aucun temps renoncer aux plaisirs, en perdit le véritable instinct, dès qu'il s'aperçut qu'une femme ne lui était pas absolument nécessaire, une grande licence prit la place des penchants qui s'affaiblissaient. En se livrant à de certains calculs, avec la triste curiosité d'un anatomiste, il quitta les femmes, comme s'il était possible de les remplacer jamais. Il eut peut-être aussi le malheur de trop songer aux changements que font subir l'enfantement, ou les progrès de l'âge, et à des occurrences aussi répétées que les révolutions d'une planète qu’invoque souvent l'amour même.

Il est dans nos sensations une justesse qui ne tient pas moins à l'étendue des idées qu'à la direction vraie, ainsi qu'à la douce flexibilité des désirs. Chez les femmes, le sein rappelle d'une manière si expressive le but de l'amour, qu'on pourrait regarder comme déréglées, ou du moins comme imparfaites les sensations d'un homme à qui la vue de ces formes heureuses ne semblerait pas à peu près indispensable au moment du plaisir.

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Quand on néglige cet attrait, soit par une sorte d'incapacité du cœur, soit avec l'indifférence qu'amènent les abus, on est moins éloigné de tomber dans les écarts reprochés jadis aux Thraces ainsi qu'aux Grecs de Thèbes, de la Crète et d'Élis.

Mais comment se fait-il qu'on ait avoué hautement, et que des poètes aient célébré ces amours étranges pour lesquelles on aurait dû réserver l'expression d'appétits charnels, si usitée dans les livres des théologiens ? Il peut arriver qu'un homme sans principes et sans délicatesse, s'avise de se saisir d'un autre homme; mais ce qui est difficile à comprendre, c'est qu'au milieu d'erreurs semblables, on ait quelque chose à se dire. Après avoir abandonné toute idée d'ordre naturel, et de perpétuité des races, que peut-on accorder à l'imagination sans que ce soit un ridicule de plus ? Que trouve-t-on dans l'avilissement dont on a fait son partage ? Où sont ces grâces, cette souplesse, ces diverses formes arrondies, cette voix adoucie pour le triomphe, ces regards voilés, ces manières ingénieusement naïves, et même ces émanations peu connues, tous ces dons qui doivent charmer l´homme, parce qu'ils ne sont pas en lui, et que pourtant ils appartiennent à son espèce ?

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Rien de viril ne satisferait celui dont les inclinations ne seraient pas dépravées, puisqu'il ne peut y avoir ni harmonie sans contraste, ni amour réel sans harmonie. Les tendres sentiments, inexcusables eux-mêmes quand la volupté est criminelle, tiendront toujours de la stupidité, non moins que de la bassesse, quand la possession restera insignifiante. Que dans une situation très particulière le besoin occasionne une minute d'égarement, ou le pardonnera peut-être à des hommes tout-à-fait vulgaires, ou du moins on en écartera le souvenir ; mais comment comprendre que ce soit une habitude, un attachement ? La faute aurait pu être accidentelle ; mais ce qui se joint à cet acte de brutalité, ce qui n'est pas inopiné, devient ignoble.

Si même un emportement capable de troubler la tête, et d'ôter presque la liberté, a laissé souvent une tache ineffaçable, quel dégoût n'inspirera pas un consentement donné de sang-froid ? L'intimité en ce genre , voilà le comble de l'opprobre, l'irrémédiable infamie.

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Dès que l'on se soustrait formellement à la loi de reproduction, quelque chose d'essentiel manque à l'amour. Aimer c'est choisir l’être avec qui on formera la famille. La fécondité seule ajoute au désir un motif que l'esprit admet pleinement , et c'est elle qui fait d'un penchant brut une affection de l'âme. Ainsi de fausses ardeurs, provenant de l'imperfection de la santé, inspirent plus de répugnance que de sympathie. La nature ne nous a pas organisés de manière que nous puissions nous faire une heureuse idée d'un plaisir volontairement inutile, comme les bizarres amours de l'Élysée de Mohammed, où des houris, assez gauchement purifiées, n'enfanteront pas, et n'auront guère que des yeux noirs.

Si dans la vie présente, la prostitution attire le mépris, c'est surtout parce qu'ordinairement elle rend stérile, et parce qu'elle suppose un nombre d'actes vains.

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Toute jouissance sans fécondité se réduit à un jeu libre, à un soulagement peut-être, et toujours à une sensation de peu d'importance. De ces amusements, quelques-uns doivent être tolérés, à cause de la surabondance des forces ; mais ce serait un travers d'esprit d'y attacher des idées très sérieuses, et même, pour devenir l´objet d'une certaine prédilection, ils doivent rappeler les convenances naturelles. Si une femme, sans vouloir s'exposer à être mère, agit librement avec un homme, c'est du moins une forte réminiscence de ce qu'il faudrait qu'elle n'eut pas à craindre, et on conçoit que ce même homme soit ensuite préféré dans des cas semblables. Mais si elle se trouve auprès d'une autre femme, dans les bains de l'Orient, et si leur liberté devient trop indiscrète, il n'en résulte naturellement aucune liaison.

D'autres femmes seront rencontrées un autre jour, et ces irrégularités diverses ne seront pas plus irrégulières que ne le seraient autant de fautes semblables entre deux mêmes personnes.

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D'UN AUTRE ABUS.

Lorsque le besoin des sens, premier besoin d'amour, première cause de tant de vagues sentiments, n'a pas fait naître une inclination suivie, et que cependant les désirs sont impérieux, on peut se croire réduit à les éluder de quelque manière. On y cède étant seul, afin d'obtenir un repos que néanmoins on serait fâché de ne pas perdre au premier jour dans de meilleures conjonctures. 

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Des hommes trop séparés des femmes dans les camps, sur les vaisseaux, dans les prisons, et souvent aussi des femmes vouées à une sorte de continence prennent l´habitude d'un dédommagement qui est toujours triste, même lorsqu'on se borne à calmer des mouvements importuns, et toujours blâmable s´il devient fréquent, sera, dans l´excès, aussi odieux que funeste.

Les femmes en sont accusées plus encore que les hommes, et cette différence est vraisemblable à cause de la retenue extérieure d'une grande partie de leur sexe. Dans plusieurs régions, principalement dans les lieux les plus peuplés de l´ Asie orientale, les femmes n'ont pas, comme chez les Osmanlis, ou comme les Romaines, au temps des empereurs, l´usage journalier des bains ouverts pour toutes, et tout ce qu´ils peuvent procurer de délectation , selon le mot d'un casuiste.

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Ou dit que de semblables exemples ont été donnés par des animaux bipèdes promenés dans les places publiques pour 1´amusement du peuple. Sans doute ce dérèglement, qui ne doit pas être particulier à notre race, ou à quelque autre exposée à dépendre de nous serait moins rare encore si la plupart des espèces ne manquaient pas des facilités que les singes, comme les hommes, ont le malheur de trouver dans leur conformation.

Les puériles indiscrétions d'une servante en habillant un enfant, peuvent l'accoutumer à des attouchements. Une irritation légère suffit à l'âge que tout séduit ; mais ce trouble prématuré commence peut-être l'affaiblissement des nerfs. Un peu plus tard l'imagination, devançant l'époque de la puberté, contribue à cette habitude, et bientôt Ton fait des pertes qui, même sous le rapport moral doivent relâcher les ressorts de la vie.

Le danger est moins grand, lorsqu'il ne commence pas dès les premiers jours de la jeunesse. Dans la force de l'âge cette erreur ne paraît point détruire la santé, quand on ne s´y livre pas inconsidérément. 

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Si des fautes de ce genre n´ont lieu que dans un temps de solitude, ou parce qu'il semble impossible d'obtenir plus sans de graves inconvénients, elles peuvent être pardonnées, surtout chez les femmes à qui diverses entraves ne laisseraient que l'alternative des privations extrêmes, ou de l´imprudence et du déshonneur.

Mais, bien qu´un acte irrégulier, qui n'attente aux droits de personne, ne soit pas un crime, l'habitude en serait essentiellement vicieuse. N'oublions jamais que le plaisir réel, en tout genre, consiste à donner du plaisir à des êtres faibles comme nous. De quelque nature que soient les jouissances qui n'ont point cet effet, elles ne nous rapprochent pas du bonheur ; il ne faut y voir qu'un avertissement de former des liens heureux. Dès que l´on observe la vie, on reconnaît le néant des avantages trop directs auxquels souvent nos désirs s'arrêteraient si nous restions dans l'ignorance. Il se peut que beaucoup d'hommes encore s'occupent uniquement de leurs intérêts personnels; mais on aurait mal étudié le cœur humain si on n'apercevait partout que des imitateurs de cette foule dont notre morale, dépourvue d'ensemble, a perpétué la dégradation.

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C'est une simplicité naturelle, il est vrai, mais seulement chez des hommes grossiers, de réduire l'amour aux seuls actes qui en soient réellement inséparables. Ces plaisirs extrêmes ont si peu de durée, que s’ils n'étaient pas quelquefois nécessaires pour la conservation des organes, d'autres libertés vaudraient plus sans eux, quant à l'agrément de la vie, que jamais ils ne valent eux-mêmes, lorsqu'ils sont dépouillés de tout ce qui devrait les embellir.

Si on ne voyait dans la volupté qu'un besoin animal, ou pourrait regarder comme également bonne, toute manière de le satisfaire, ou de le tromper. Néanmoins les jouissances solitaires fatigueraient, fussent-elles assez rares ; taudis qu'en supposant la même réserve, il n'en est pas ainsi des vraies jouissances qui ont été préparées, et pour lesquelles le sang ou les nerfs se trouvent émus généralement.

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Par un moyen étranger aux inspirations de l'amour, on peut se délivrer des désirs qui deviendraient impétueux, et qu'on prétendrait irrésistibles; mais cette commotion est aussitôt suivie de quelque amertume, parce qu'on n´a rien de ce qui précéderait, de ce qui soutiendrait la volupté, de ce qui la rendrait inappréciable. On ne peut jamais , sans l'altérer fortement, la séparer des détails qui , même dans des mœurs sauvages, devraient raccompagner avec profusion.

Auprès d'une femme aimée on passera des heures dont le souvenir ne pourra se perdre.

Mais seul, durant un instant, on n’obtiendrait au milieu du silence qu'un sentiment de honte, parce qu'on aurait méconnu cette loi naturelle qui, en permettant qu'on s’isole pour souffrir, exige que dès la première apparence de bonheur, on songe à le communiquer.

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 À plusieurs égards, un reproche secret devient le partage de ceux qui, de leur propre choix, et sans motifs raisonnables, se sont éloignés des autres hommes. Plus tristes en dernier lieu que la privation de tout plaisir, les plaisirs exclusifs creusent le vide du cœur. On ne jouira sans mélange, ou sans un pénible retour, qu´en faisant éprouver à quelque autre ce qu'où éprouvera soi-même. Nous n'usons agréablement des biens qu'en nous efforçant de les donner ; c'est alors que nous paraissons les saisir, et qu'il en reste quelque chose au-dedans de nous.

Cette disposition de la nature devient plus sensible dans différents plaisirs, en proportion de la part que l´âme y doit prendre. Le sommeil est une jouissance négative en quelque sorte, et par cette raison nous pouvons, étant seuls, jouir parfaitement du sommeil. Il n'en est point de même d'un repas, surtout quand il y entre des boissons stimulantes dont l'effet semble multiplier les idées.

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Comment donc, en s´isolant, jouira-t-on d'un plaisir qui, selon 1´ordre, serait mutuel, d'une volupté qui devrait exciter, dans toute sa force, le sentiment de l'union morale, lien fécond de l´espèce, et lien plus particulier de deux êtres préférés l'un par l'autre. Celui qui reste seul, se voit sans perspective de paternité, sans espérance, sans avenir ; privé de ce qu´il y a d'heureux dans 1´amour, il n'est qu'une froide partie de l'entraînante association que supposaient des impressions faciles à partager.

Dans les vrais plaisirs la variété des caresses entraîne si loin qu´elle fait oublier les langueurs ou les dégoûts de la vie commune. Non seulement le plaisir augmente par l'effet de la loi générale qui donne plus d'étendue à toute satisfaction communiquée ; mais, en s'applaudissant du choix qu´on a fait, on porte au milieu des vives impulsions de l'amour le sentiment des avantages qu'on possède soi-même, et d'une puissance qui est la première des facultés corporelles.

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Nulle volupté sans doute n'assure notre bonheur. Si quelqu'un pouvait prétendre à un contentement durable, ce serait l'homme en qui se trouveraient des vertus élevées, et qui influerait par de mâles travaux sur la destinée des peuples. Mais enfin, parmi les dons ou les plaisirs offerts à la multitude, un seul semblera prêt à réaliser les promesses de l' imagination, un seul suffit aux besoins du cœur, c'est la possession de l'objet désiré, quand il se donne avec une même préférence.

Ceux qui savent quel est sur toute notre organisation le pouvoir de la joie, ou de la tristesse, lorsque ces impressions deviennent fréquentes, sentiront mieux combien on s'expose en remplaçant habituellement ce que les désirs annonçaient, par une jouissance incomplète suivie de reproches. Ce mal survient quand on devrait ressentir encore des émotions très-douces, et quand il faudrait que l'intimité empêchât de s'apercevoir d'un certain accablement. On est victime d'une faiblesse qui laisse sans diversion, sans asile ; on ne peut échapper au sentiment de la fragilité humaine, et on ne trouve nulle ressource de l´âme ou de l'esprit dans une position qu'il faudra taire au milieu même des plus libres confidences.

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Il en résultera des inconvénients plus grands encore. L'habitude de substituer quelques sensations très-imparfaites au moins imparfait des plaisirs des sens, diminue l'énergie morale, et fait particulièrement abandonner le soin de plaire. Ne voir dans la volupté qu'un soulagement, ou un préservatif quelquefois conseillé par l'hygiène, c'est presque livrer sa jeunesse à l'indifférence qui attriste les vieillards; c'est renoncer, non pas à la plus sûre , mais à la plus vive des affections, à la seule qui puisse inspirer presque toujours, à un homme ordinaire, quelques mouvements généreux.

Ainsi l'indépendance de cet acte en fait le plus grand péril. En y trouvant des facilités qu´une liaison d'amour offrirait beaucoup moins fréquemment, on abandonne une partie précieuse des doutes, des progrès, des incertitudes qui exciteraient l'activité de la pensée. 

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Par une suite de ce premier oubli, on néglige bientôt d'entretenir en soi les vraies qualités sociales. Ne se promettant plus, sous aucun rapport, que des jouissances trop personnelles, on se livre à l'égoïsme ; on apprend à regarder, comme nous devenant inutiles, les autres hommes, ou à se dispenser de ce qu'il faudrait faire pour être estimé d eux, et pour en être aimé.

Vocabulaire

erreur n. f. > erreur  « Les ténèbres de l'ignorance valent mieux que la fausse lumière de l'erreur » (Rousseau)« C'est une grande erreur de spéculer sur la sottise des sots » ( Valéry).
« À toute erreur des sens correspondent d'étranges fleurs de la raison » (Aragon).

  Absolt L'erreur. Conviction, doctrine qui s'écarte d'un dogme, au regard de ceux qui le défendent. Erreur en matière de convictions religieuses, de foi ( hérésie) . Persistance dans l'erreur ( impénitence) . Vivre dans l'erreur.  > Encyclopédie Universelle  erreur

« Toute ma vie passée n´a été qu´une erreur. » — (Patrick Dupond)

licence n. f. Liberté d'action qui est laissée à qqn ou qu'il se donne à lui-même. Liberté excessive. Prendre, se permettre des licences avec qqn. hardiesse. Désordre, anarchie qu'entraîne l'absence de contraintes, de règles. Liberté qui dégénère en licence. Dérèglement dans les mœurs, dans la conduite. Tomber, vivre dans la licence. débauche, débordement, désordre, libertinage.

Dans le domaine des mœurs :État de dérèglement moral dans lequel vit une personne ou une collectivité. Licence effrénée; licence des camps (militaires). La licence même de la régence fut excusée, parce qu'elle les soulageait du poids de la cour intolérante de Louis XIV. (Mme de Staël)

Résumé

Senancour rejette les relations sexuelles entre hommes car elles ne servent pas la perpétuation de l'espèce. Il les tolère cependant quand les conditions de vie en commun l´imposent. 

Références

 Senancour, De l'amour considéré dans les lois réelles et dans les formes sociales de l'union des sexes, 1834. Des infractions directes à la loi des sexes p. 153-175.

↑ Étienne Pivert de Senancour (1770 - 1846) écrivain français; disciple de Rousseau: Rêveries sur la nature primitive de l'homme (1799); Oberman (1804).

­↑ Encyclopédie_universelle.fr-academic  Senancour

↑ Béatrice Didier : Senancour

# amour entre hommes. L´amour des mâles en Grèce

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